À tout ce que j'ai vu,
aux fleurs des prés et aux papillons,
assis près du feu, je pense
aux étés passés;
Aux feuilles jaunes et aux filandres
des automnes qui furent
avec la brume matinale, le soleil argenté
et le vent dans ma chevelure.
Assis près du feu, je pense
à ce que sera le monde
quand viendra l'hiver sans printemps
que je ne verrai jamais.
Car il y a tant de choses encore
que je n'ai jamais vues :
dans chaque bois à chaque printemps,
il y a un vert différent.
Assis près du feu, je pense
aux gens d'il y a longtemps
et aux gens qui verront un monde
que je ne connaîtrai jamais.
Mais tout le temps que je suis à penser
aux temps qui furent jadis,
je guette les pas qui viendront
et les voix à la porte.
Il était jadis une vierge elfique,
Étoile brillant de jour :
Son manteau blanc était d'or bordé,
Ses chaussures gris argent.
Une étoile était posée sur son front,
Une lumière sur ses cheveux,
Comme le soleil sur les rameaux d'or
En Lórien la belle.
Ses cheveux étaient longs et ses bras blancs;
Belle et libre était-elle;
Et dans le vent elle allait aussi légère
que la feuille de tilleul.
Au bord des cascades de la Nimrodel,
Près de l'eau claire et fraîche,
Sa voix tombait comme une chute d'argent
Dans la mare brillante.
Où maintenant elle erre, nul ne le sait,
À la lumière du soleil ou dans l'ombre;
Car perdus fut jadis Nimrodel
Et dans les montagnes isolées.